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The North Face Lavaredo Ultra Trail 2012

  

Lavaredo Ultra Trail 

Dolomites - Italie

 

Toute cette histoire aurait pu commencer et se dérouler comme pour les autres courses, mais là il était écrit que rien ne serait comme d’habitude…

 

Tout commence dés ma dernière course (Tranvulcania) terminée et mon arrêt au stand après 57 kilomètres. C’est toujours difficile de prendre ce type de décision mais c’est aussi faire preuve d’intelligence que de décider de s’arrêter.

Le corps envoi certains messages qu’il ne faut pas négliger au risque de se retrouver sur le bas coté définitivement.

 

A la suite de divers discutions et échanges avec mes proches, je décide de refaire en prévision de la Lavarédo, une série d’entrainements un peu plus longs, avec l’objectif aussi de commencer le travail foncier pour la grande messe de fin août à Chamonix.

Je réalise sur cette période en même temps quelques recos de courses.

Je dois prendre le départ pour Cortina quelques jours avant la course qui fait peau neuve cette année avec plus de distance et aussi plus de déniveler.

Le plateau sera aussi plus relevé avec la venue de coureurs du team Salomon, du team Vibram et d’autres encore qui ajouterons sans doute du piment à l’histoire.

 

Cependant quelques jours avant la course, je me pose la question de savoir si  je dois ou non prendre le départ car je ne suis pas très en forme moralement et fatigué physiquement. J’ai eu beaucoup de sollicitations pour mes différents partenaires et ceci jusqu'à 4 jours avant le départ de la course, je fais le bilan : 260 kilomètres en moins d’une semaine qui viennent s’ajouter à ma fatigue physique et à la fatigue mentale qui m’a submergé il y a déjà quelques semaines.

Que faire dans cette situation ? Fatigué physiquement, moralement épuisé et cette crainte de ne pas tenir le coup et ne pas aller au bout et pire devoir encore arrêter en cours de route...

 

Je me dis que grâce à l’émulation créée par la course et grâce à l’ambiance de Cortina je devrais réussir à m’en sortir mais en attendant il me faut faire le trajet et aller là-bas pour prendre le départ.

C’est mon préparateur mental et une longue discussion avec celui-ci 4 jours avant qui va me remotiver pour prendre l’avion, (encore un avion), et me faire réussir à quitter mes enfants et Isabel pour me diriger vers Cortina à la frontière italo-autrichienne.

 

Je sais que le maitre mot de ces prochains jours va être «  récupération »  mais je sais aussi qu’il va y avoir des sollicitations et je vais devoir y répondre.

Mais pourquoi est-ce si dur pour moi moralement en ce moment ?

Car d’un point de vue extérieur j’ai tout pour allez au mieux ???

Alors je fais une véritable analyse avec Dominique  Simoncini, mon préparateur mental, nous mettons en évidence rapidement différentes causes à l’origine de ce mal-être à corriger rapidement.

La sortie de l’hiver, les séances d’entrainements quotidiennes seul, longues qui vous  fatiguent moralement, le manque de compétitions, le manque de rencontres d’autres coureurs, le manque d’échanges , l’essence même de mon activité qu’est le trail,

Je n’ai jamais été aussi entouré mais je n’ai jamais été aussi seul… Je suis devenu un coureur solitaire dans tous les sens du terme.

  

Nous mettons en place alors une stratégie d’après course afin de m’obliger a récupéré au plus vite pour éviter que ce type de soucis ne se représente à l’avenir et puis surtout je me mets un gros coup de pied au cul pour aller prendre l’avion et me faire plaisir.

C’est cette sensation de plaisir que je dois retrouver, ma vision du trail et ma façon d’aborder les courses et l’entrainement, plaisir et plaisirs…

  

J’arrive à Cortina au terme d’un vol d’une heure et de deux heures de voiture on est J-3 jours et je vais organiser ces trois derniers jours autour de la récupération et de l’alimentation pour me laisser un maximum de chances et essayer d’être dans le coup le plus longtemps possible.

Je reçois pas mal de messages d’encouragement, comme toujours… ceux de mes sponsors, ceux de mes entraineurs et de mes proches qui n’attendent vraiment qu’une chose de moi : me faire plaisir et aller au bout.

 

Le grand soir arrive et nous sentons la ferveur du public et des proches venus sur place augmenter progressivement. C’est incroyable comme l’ambiance de ces départs de courses me plait et l’énergie que tout cela génère jusqu’au départ et durant la course est phénoménale. Je vois du balcon de mon hôtel la ligne de départ et deux heures avant le coup de pétard il y a déjà du monde qui se presse sur la ligne.

Je sais que j’ai des amis venus de haute Savoie qui sont là mais je ne les ai pas vus. Je pense les retrouver sur la ligne.

 

Au niveau des jambes pas trop de soucis car elles ont jamais tant récupérer que ces derniers jours, avec massages et stretching…

 

Moralement je me dis que je vais encore faire des kilomètres et qu’il va falloir m’accrocher pour en faire le maximum, mais j’ai déjà prévenu les personnes me faisant les ravitaillements que mon état de fatigue ne laissait pas la place au miracle sur cette épreuve.

Nous sommes sur la ligne de départ avec Zigor, Csaba, Iker, et tout le team Vibram.

A 22h précise le départ est donné et nous partons dans la nuit, accompagnée par les motos de la police locale qui nous ouvre la voie jusqu'à la sortie de la ville.

Un premier groupe se forme très vite avec Csaba, Iker et moi même après 3 kilomètres seulement et nous attaquons ensemble la première montée, quelques longueurs devant quelques autres coureurs.

Sur la première ascension je suis surpris que personne d’autres ne soit avec nous. Nous discutons de diverses petites choses, histoire de faire passer plus rapidement la première heure de course. C’est Csaba le plus loquasse qui nous parle des différents endroits où il est allé cette année comme Annecy et le pays basque, pour y découvrir de nouvelles épreuves.

Je sais que sur les descentes, Csaba est moins rapide et dés la première il décroche sur la technique. Bon il faut dire qu’Iker se lâche un peu mais dans la mesure du raisonnable.

Nous passons ensuite les parties plus roulantes entre montées et descentes ensemble a se relayer jusqu’au restaurant Cristallo, premier gros point de ravitaillement après 35 kilomètres et avant d’attaquer la montée vers le refuge d’Auronzo et les très cimes des Lavarédo.

Ravitaillement effectué, nous repartons, la montée est dure et je sens dés le début que j’ai quelque chose qui ne passe pas, j’ai un peu de mal au ventre et j’espère que cela ne va pas me lâcher car là nous attaquons près d’une heure de montée raide et c’est tout en courant que j’imagine bien que l’histoire va se faire… Pourtant j’ai réussi sans problème à boire et à manger depuis le départ... Nous prenons notre petit rythme et après 5 à 6 kilomètres, mon estomac ne veut plus évacuer les produits liquides que je prends. Je décide donc la mort dans l’âme de laisser partir Iker, de ralentir et tenter de me refaire une santé pour ne pas devoir m’arrêter au prochain ravitaillement. 

 

A ce moment là je me dis que je suis peu être arrivé au bout de ce que j’ai pu récupérer ces derniers jours et n’ayant fait que 40 kilomètres, la journée s’annonce longue et reviens alors cette crainte qu’il me faudra encore une fois m’arrêter…

 

Mais pour le moment je continue à monter vers le refuge et je cogite pour trouver une solution entre les différentes douleurs et nausées que je peux ressentir. Je continue à voir Iker juste quelques minutes devant moi.

 

C’est avec près de 4’ de retard que j’arrive au refuge d’Auronzo à 2330m d’altitude. Ce n’est pas grand chose vue ce que je supporte depuis plus de 10 kilomètres mais je suis très mal et je ne veux pas affoler mes ravitailleurs même si la simple vue de ma tête leur en dit long sur mon état de forme a ce moment là.

Je prends pas mal de temps et repars en leur donnant rendez-vous au prochain point de ravitaillement qui se trouve18 kilomètres plus loin. Ils se rendent bien compte que je serre les dents et les messages d’encouragements me re-booste, mais avec mon estomac tout gonflée par l’eau et autres produits que je consomme je ne vais pas aller bien loin. Prés de 100m après le ravitaillement les nausées prennent le dessus et je suis pris de vomissements à répétition… J’évacue tout en quelques minutes mais ca me semble être une éternité… Il me faut continuer à avancer … mais je vous avoue que la proximité du refuge me laisse cogiter quelques secondes.

 

Je décide de repartir et je vais tenter d’aller au prochain point, nous verrons bien si j’arrive à me refaire une santé ou si il faudra jeter l’éponge. J’ai encore un peu plus de deux cent mètres de dénivelé positif a faire pour arriver aux pieds des « très Cimes de Lavarédo » et basculer vers la descente.

 

Après cet intermède fort peu agréable mes sensations de désordre gastrique me lâchent un peu mais je décide de laisser un peu de temps avant de pouvoir me remettre à boire pour ne pas renouveler l’expérience. Je ne sais pas trop ou tout cela va me mener mais je passe tranquillement les kilomètres et recommence a m’alimenter pour éviter un éventuel coup de moins bien par la suite.

 

Il fait toujours nuit et je dois dire que le timing prévus initialement avec les caméramans est un peu tombé a l’eau car je comptais mettre 5h30 à 6h pour aller au refuge d’Auronzo soit au 49eme kil et 3000m+ et en fait nous allons mettre un peu moins de 4h55 pour y arriver donc pour le levé de soleil filmé  il va falloir attendre. 

 

Mon arrivée au ravitaillement suivant va être comme une renaissance car je sens que mes jambes me redonnent un peu de jus. Je prends le temps de me ravitailler correctement avant de repartir pour les trois dernières grosses ascensions ponctuées de deux ravitaillements encore. Il y a plus de 12 minutes qu’Iker est passé mais je ne chercherais pas à revenir car je suis déjà heureux d’avoir résisté mentalement et le fait de quand même malgré tout reprendre du plaisir me montre la suite de l’épreuve sous un autre jour.

Je sais me souvenir des moments durs et des difficultés que j’ai rencontré tout au long de cette première partie, et me dire tu es encore là et tu continues à avancer…

J’attaque la montée suivante avec l’envie de continuer à courir et cette motivation me fait sortir au sommet en ayant tout couru malgré des zones à plus de 15%.

 

Lorsque j’arrive au ravitaillement suivant j’ai 15’ de retard mais je reste toujours à mon rythme. Je sais que la bosse suivante c’est minimum 1h30 de montée raide au début puis roulante et très dure à la fin par une succession de bosses vous donnant la sensation que cela ne ce termine jamais. Durant cette montée interminable je rencontre très peu de personnes mais en revanche je me trouve nez a nez avec tout une série d’animaux dont des marmottes sur le haut deux serpents me traversent juste devant les pieds et enfin l’ultime rencontre avec deux jeunes cerfs de 4ans environs avec les bois encore en velours. L’un des deux monte directement dans le pentus et pour du pentus c’été du pentu et le second moins téméraire lui va rester sur le single devant moi a quelques dizaines de mètres durant prés de 300m. C’est encore une rencontre incroyable et cela comble ma journée.

 

Le passage au sommet est une délivrance car je sais qu’il reste encore une belle montée intense mais plus courte et qu’il ne faudra rien lâché si je ne veux pas que derrière cela revienne. J’avais plus de 15’ de retard au dernier ravitaillement et mes arrêts prolongés aux divers ravitaillements n’arrangent pas les choses. Mais c’est avec surprise, qu’en arrivant au ravitaillement suivant au pied du refuge d’Averau, on m’annonce que je suis revenu à moins de 5’ d’Iker. Je suis satisfait mais je ne cherche qu’une seule chose c’est aller au bout… ce qui vu mon état de la nuit sera une belle victoire.

 

En passant au refuge et en passant le dernier point ou mes accompagnants peuvent me voir et m’encourager, je sais qu’il me reste deux petites bosses pour arriver au dernier petit col et attaquer les 13 derniers kilomètres de descente vers Cortina et la ligne d’arrivée. A ce col j’ai 18 minutes de retard et je lâche tout ce qu’il me reste sur cette descente ultime et après une partie de descente de plus de deux kilomètres a 35% de pente dans les blocs et les racines, je termine les 10 derniers kilomètres en 46’.

 

Au final je suis satisfait de passer la ligne à 14’ d’Iker et surtout en 12h42 soit à 9,5 kilomètres heure de moyenne. C’est ce qu’il va me falloir tenir fin Aout et tout du long… Nous n’y sommes pas encore et une longue période de travail me reste à faire.

 

C’est Csaba Nemeth qui termine à la 3eme place en 13h42 et Zigor à la 4eme place en 14h00.

 

C’est une réelle satisfaction de finir et surtout comme cela car lorsque je regarde en arrière, sans ce soucis gastrique et en prenant un peu moins de temps au ravitaillement je pense être en mesure de refaire ce parcours en 12h et ce pourrai être un bel objectif pour l’an prochain mais nous n’en sommes pas là car maintenant place à la récupération sachant que samedi prochain je cours une épreuve a coté de la maison, plus courte mais loin d’être facile. Je travaille sur la récupération et ma capacité a retrouver une foulée en 5 jours…C’est pas gagné mais je vous raconterez la semaine prochaine…

  

En attendant faite vous plaisir autant que j’ai pu sur cette sortie longue et le reste est anecdotique…

  

Je tiens a remercier par ce résumé de course et ce moment de vie, toutes les personnes qui mon aider a passer le cap comme ma famille, Dominique pour la préparation mentale, Christophe pour l’entrainement, David pour m’avoir aider à relativiser. Tiziana, Keith pour leur soutien morale tout au long de l'année…Guillaume et les caméramans de Mouss production sans oublier Philippe Verducci mon énergéticien qui ma aider à remettre de l’ordre  dans mon organisme afin de prendre le départ dans les meilleurs conditions possibles, merci à julia pour son soutien pendant l'epreuve, et enfin a mes enfants et Isa qui me permettent de passer ces mauvais moments et d’avoir la force de continuer…

  

Je dédie cette seconde place à Stéphane disparus il y a quelques semaines en montagne, ainsi qu’à sa famille. J’ai pensé a lui tout au long de cette épreuve et je pense qu’il ma aidé sur certains passages difficile…

  

Photos Lavaredo Ultra Trail ici

 

  

 

 

 










Lavaredo 2012